BAISER 3,
COUVRE-MOI DU CIEL DE TA BOUCHE

Lire en Laque - Sarah Mélina Clair - Baiser 3

Baiser 3, Couvre-moi du Ciel de ta bouche


La beauté a parmi ses nombreux pouvoirs celui de suspendre votre course et de vous révéler à vous-même.
Le plus souvent nous trouvons beau ce que l’on aime et la beauté que nous constatons est la nôtre. Elle résonne avec notre intimité profonde.
Couvre-moi du Ciel de ta bouche est une histoire de rencontres avec la beauté d’un texte, le talmud, la beauté d’une drôle-de-femme, rabbin – et celle d’un homme au nom qui chante.
Beauté comme Amorce. Beauté comme Appât.
Il arrive que la beauté décentre et nous renvoie à une forme de nomadisme. Se perdre sur les chemins de traverse, malgré l’inconfort, malgré le manque de repères, malgré le vacillement, est gage de découverte de ce qui nous échappe.
Loin du lisse de la laque, de cette planéité si propre à la caresse, c’est au cutter qu’il m’a fallu graver une envie sauvage de sens. Aller au plus profond. Sous le bleu et son lacis veiné. Sous l’outremer poli. Là où palpite le sang caché bien vivant, force secrète qui coule en permanence.
Ce sang qui traverse les générations.

Qui serais-je aujourd’hui si mes aïeux avaient assumé leur identité et m’avaient transmis ma part juive ? Suis-je à mon tour dans une identité frauduleuse et comment, dès lors, vivre avec celle que je suis devenue ? Ai-je la force, la capacité de combler les accrocs ? D’être de nouveau mon seul guide ?
Dans une avancée lente et fluide, grâce, encore et toujours, aux livres, j’ai enfin discerné le miroitement de tout un firmament.
Juive et Chrétienne, un subtil accord. De ceux qu’on voit aux amants…
Vivre est un art parfois difficile. Fait d’arrachements, de brisures, de fécondations.
Jamais réellement lisse, plan, doux… ce que souvent la plupart attendent de nous, femmes et mères.
Créer permet de s’affranchir de cette attente d’autrui. Avoir le courage de déplaire. De décevoir. Créer, c’est s’approcher d’une idée de soi et du monde. Créer nécessite une sincérité brûlante.
Alors tant pis pour le lisse !
Le temps de l’incertitude et de la quête a besoin de reliefs.
Voici venu le temps des épines et des petites couronnes.
Qui ornent le parchemin de la Torah et y ont été dessinées par le Saint-Béni-Soit-Il.
Il les a placées dans le blanc des lignes, l’entre-deux versets, le lieu même du silence.
A nous, les nouvelles pousses, de les interpréter. De les lire et relire. Sans jamais en figer un sens.
J’aime cette idée d’un Dieu qui dessine, peint, calligraphie, tout en donnant aux générations nouvelles la Liberté d’agir sur le monde.
Il est des textes qui donnent aux êtres la force de se tenir debout. Des textes qui en chacun réveillent le plus haut.
Le talmud en fait partie.
Ce texte me touche et m’édifie. Il m’étoffe. M’enthousiasme. M’émerveille.
Il me manquait. C’est comme si j’avais placé ma vie dans l’orbe de son absence.
Il est là, dans ce Ciel-Coupole-kippa bleus.
J’y ai gravé mon sanctuaire.

Et la part de moi qui me barrait certains chemins a désormais conscience d’elle-même.

Format : 100 cm x 100 cm
Date de création : 2019
Prix : sur demande

Pigments, ors, agathe, nacres

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